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Histoire non exhaustive du Vitrail

Les aspects artistiques et historiques du vitrail civil et religieux.
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Vous voulez savoir pourquoi le vitrail d'Apollinaire dans la cathédrale de Chartres a un trou, qui sont les cinq soeurs de York, polémiquer des heures sur les vitraux de Conques , faire partager un coup de coeur pour tel ou tel vitrail vu pendant un voyage, c'est ici que ça se passe !

Histoire non exhaustive du Vitrail

Message non lude docteurno » 20 Nov 2008, 14:24

Bonjour

Dans l'association ou je fais du vitrail , lorsque nous avions un site , j'avais fais une compilation de l'histoire du vitrail en m'aidant de lectures dans des livres et sur le web - En voici le contenu (non exhaustif)

Histoire du vitrail

Les origines
Il est difficile de situer l’origine exacte de l’art du vitrail
Les verriers de l’antiquité maîtrisaient déjà la fabrication du verre dans divers coloris et avec l’avènement du soufflage au 1er siècle avant JC., il est envisageable qu’ils aient utilisé des plaques de verre pour décorer des fenêtres . Les fouilles de Pompeï (ensevelie en 79 après J.C.) et de Saint-Rémy de Provence ont révélées que le verre était utilisé pour clore les fenêtres
Photo 1 > Les fouilles de Stonea Grange GB datant du IIème ou IIIème siècle après JC) Image
Les premiers textes qui évoquent cette utilisation sont ceux du poète Prudence (348-410) : "dans les fenêtres cintrées de la basilique brillent des verres aux couleurs innombrables" Il parlait des «verrières» (grandes ouvertures parées de vitraux) translucides de Ste Sophie (Constantinople 345)
Il s’agissait alors probablement de claustras de bois, de pierre ou de stuc dans lesquels étaient enchâssés des morceaux de verre.
Au cours de l’histoire du vitrail, trois grandes familles de verrières vont coexister.
Les "verrières figurées" représentent des personnages de la chrétienté, souvent reconnaissables à la symbolique qui les entoure.
On trouve ensuite les "verrières historiées", qui illustrent des passages de la Bible ou de la vie des Saints.
Enfin, les "verrières décoratives" non figuratives peuvent représenter des motifs héraldiques (des blasons ou des armoiries).
Les tout premiers vestiges retrouvés à Saint Vital de Ravenne
http://www.icvbc.cnr.it/bivi/schede/Emi ... onale1.htm < (Photo 2)

semblent dater de 540 . En Syrie, des fragments de verre de couleur ont été découverts à Qsar-el-Heir-el-Garbi dans les ruines d’un palais construit en 727 et abandonné vers 750 . Certains de ces fragments étaient peints à la grisaille noire. Ils provenaient de claires-voies de stuc à motifs d’entrelacs et d’arabesques . D’autres fragments ont été trouvés en Egypte et en Mésopotamie datant respectivement des 7ème et 9ème siècles, alors que le plus ancien vitrail qui ait été trouvé en Occident semble dater de la seconde moitié du 9ème siècle . Il s’agit des restes de ce qui semble être une tête de Christ, découverte lors de fouilles effectuées à Lorsch en Allemagne
Photo 3 > Christ de Lorsch Image
Une autre tête a été découverte en Alsace à Wissembourg et aurait été exécutée aux environs de 1070. Elle est conservée au musée de l’Oeuvre Notre-Dame à Strasbourg.
Photo 4 > Tête de Wissembourg Image

Le « vitrail » parait avoir des origines orientales et il s’est propagé vers l’Occident , comme le soufflage du verre.

Les 12ème et 13ème siècles
Les plus anciens vitraux encore en place dans le monde sont ceux de la cathédrale d’Augsbourg. Ils ont été exécutés vers 1100 . Dans le premier tiers du 12ème siècle, un moine rhénan , Théophile , rédige un traité intitulé "Schedula Diversarum Artium". Son ouvrage est composé de trois livres : le dernier est consacré à la fabrication du verre et des vitraux. Malgré la disparition d’une partie de ce livre , nous pouvons y trouver des données concernant la construction de fours, l’élaboration d’un vitrail, l’utilisation de la grisaille et la mise en plomb tout à fait applicables encore aujourd’hui.
Le verre était soufflé selon la technique dite « bohémienne » ou « lorraine » du verre soufflé en «manchon» Image > viewtopic.php?p=1637#p1637 :
le verrier souffle une bulle Image < (Photo 5) : pour produire un cylindre dont il coupe les deux extrémités et qu’il fend sur toute sa longueur à l’aide d’un fer rougi au feu . Ce cylindre ouvert est ensuite déroulé en le plaçant dans un four et une feuille à peu près rectangulaire est ainsi formée
Dans la technique « normande » du verre soufflé en «cive» Image > viewtopic.php?p=1637#p1637 ou «plateau» : le verrier souffle une bulle qu’il ouvre à une extrémité et par un mouvement très rapide de rotation , il obtient un disque plat . En France, c’est à St Denis que l’on peut observer les plus anciens vitraux encore en place. Ils ont pu être datés avec certitude grâce aux récits de l’abbé Suger qui régna sur l’abbaye de 1122 à 1151. Celui-ci, les avait fait réaliser à son initiative entre 1140 et 1144.
Le verrier ne disposait que d’une grisaille au ton brun chaud composé d’oxyde de cuivre ou de fer mélangé , de «fritte» (verre broyé finement) et, pour peindre ces motifs, il utilisait comme liant soit du vinaigre , du vin , de l’urine ou encore du fiel de bœuf . Il l’appliquait selon trois méthodes, en trait appuyé pour les contours, en aplat pour nuancer la teinte du verre et en une couche plus appuyée pour éventuellement renforcer les parties ombrées. Il pouvait alors, après séchage, pratiquer des «enlevés» (technique consistant à faire apparaitre les détails en enlevant la grisaille encore fraiche à l’aide d’une aiguille ou d’un manche de pinceau) - pour figurer une barbe ou des cheveux et faire plus ou moins ressortir une partie en jouant sur le contraste de la grisaille.
A cette période les moines cisterciens bannirent les représentations figurées et la couleur pour la décoration de leurs églises. Ils réaliseront alors de superbes vitraux d’inspiration orientale à motifs d’entrelacs . Au cours des 12ème et 13ème siècle, le vitrail prend une place de plus en plus importante dans la décoration des églises et devient de plus en plus monumental . Entre 1170 et 1270, la France entreprend la construction d’une centaine d’édifices religieux. Les peintres verriers vont alors atteindre un haut degré de perfection.
Outre « l’arbre de Jessé » représentant l’arbre généalogique de Jésus de Nazareth , les verrières de l’époque présentent fréquemment des passages de la bible sous forme de scènes intégrées dans des médaillons ronds ou carrés superposés ou juxtaposés
Photo 6 > Arbre de Jessé Image

Certaines cathédrales romanes se voient dotées de verrières aux représentations monumentales comme le vitrail de Notre-Dame de la Belle Verrière à Chartres et la verrière de la crucifixion à Poitiers
Photo 7 > Image Notre Dame de la belle Verrière – Crédit photo : Documentaires Alpha, Chartres, Paris, 1972).

Les «lancettes» (ouvertures allongées verticalement , surmontées d’un arc – tête de lancette) engendrées par la division des fenêtres, qui sont de plus en plus grandes, sont occupées par de grands personnages isolés ou non placés dans des architectures décoratives et les roses grandioses offrent un merveilleux écrin au vitrail désormais incontournable.

Le 14ème siècle
Au début du 14ème siècle (en 1310), les verriers commencent à utiliser le «jaune d’argent» (mélange d’ocre jaune neutre et de sulfure d’argent ou d’ocre jaune neutre et de chlorure d’argent) , qui servait depuis des siècles à décorer la faïence. Il permet de donner à un verre incolore une teinte allant du jaune pâle au jaune orangé intense ou, par exemple, de modifier la teinte d’un verre bleu qui, additionné au jaune d’argent, devient vert . La peinture gagne en raffinement en s’inspirant de l’art de la miniature, les réseaux de médaillons disparaissent progressivement et les scènes , ou personnages , s’inscrivent dans des architectures imaginaires surmontées d’arcades.

Le 15ème siècle
Les peintres verriers intègrent des effets de perspective en représentant les personnages dans des architectures tridimensionnelles de style gothique flamboyant sur fonds damassés . Les maitres verriers , profitant des innovations dans le domaine de la fabrication du verre , développent la gravure sur verre, le verre vénitien fait son apparition et il est utilisé pour figurer des vêtements.
A cette époque , ils réalisent , également , les premiers sertissages «en chef-d’œuvre» . On appelle « sertissage en chef-d’œuvre », l’incrustation d’un verre, souvent rond, tenu par un plomb, à l’intérieur d’un autre verre plus grand et de couleur différente . Ce travail permettait au compagnon d’obtenir sa maitrise. D’où le nom de «chef-d’œuvre» . Grâce à ce procédé, on pouvait dessiner les blasons des donateurs ou le décor des vêtements.

Le 16ème siècle
La coupe du verre s’effectue au diamant et non plus au fer rouge
Les paysages remplacent progressivement les fonds damassés, une nouvelle grisaille s’ajoute à la palette des peintres verriers, il s’agit de la sanguine également appelée Jean Cousin. A base d’hématite de fer, elle permet d’obtenir la couleur de la carnation et autorise un rendu très réaliste du corps humain, et même de certaines chevelures . Oubliant les divisions en lancettes , les verriers représentent, à présent, le plus souvent une scène unique occupant la totalité de la baie . Une autre découverte révolutionne le monde du vitrail : les émaux, bleu et vert dans un premier temps, puis violet et rouge. Ils permettent, comme le jaune d’argent, de faire varier les couleurs au sein d’une scène sans avoir recours à une coupe et offrent, en combinaison avec les verres plaqués gravés, une multitude de possibilités.
C’est à Montfort-L’Amaury que l’on peut voir le plus ancien exemple d’utilisation de l’émail bleu, daté de 1543, dans la verrière de l’Enfance du Christ et celle de l’émail violet (1544) dans la verrière de l’Ecce Homo . Les verriers commencent à signer leurs œuvres . Le vitrail finit par s’appliquer à l’architecture civile en dotant les grandes demeures de vitreries ornementales, de «vitreries» (souvent claires et sans peinture - appellation donnée lorsque le dessin est géométrique et répétitif – par exemple des losanges) intégrant parfois des «rondels» (médaillons décorés d’un motif religieux ou profane et placés au milieu d’une fenêtre) ou encore des scènes légendaires .

Le 17ème siècle
Un besoin de clarté se fait ressentir.
Ainsi, la vitrerie claire se marie-t-elle mieux avec l’architecture classique de l’époque et les vitraux aux multiples couleurs disparaissent peu à peu entrainant avec eux une grande partie du savoir-faire des maitres verriers.

Au 18ème siècle
La recherche de lumière s’accentue . Le vitrail civil connait alors un succès grandissant et les demeures s’ornent de nouveaux motifs géométriques plus complexes comme les «vitreries à bornes» (utilisation d’un hexagone allongé comme motif de vitrerie). Les émaux et le jaune d’argent sont alors relégués en bordure ou encore dans un décor central.
Mais cela ne suffit pas à maintenir l’activité des artistes verriers qui, contraints et forcés, ferment leurs ateliers dans tout le pays, jusqu’a n’être plus qu’une poignée à l’heure de la révolution.

L’après révolution
Les ravages occasionnés sur le patrimoine vitré français lors de cette période sont considérables. Malheureusement, le savoir-faire qui avait fait la réputation des maitres verriers français a disparu avec eux faute de pratique et de transmission de la connaissance . Nombre de personnes tentent alors de retrouver les anciens procédés de fabrication du verre avec plus ou moins de réussite. Elles se tournent alors vers d’autres pays autrefois producteurs . La peinture sur verre renait et est utilisée à profusion sur des vitraux qui ne comportent quasiment plus de réseau de plomb, d’où leur appellation de «vitrail-tableau» (vitrail ne montrant qu’une seule scène , en ignorant la division de la fenêtre par les meneaux)
Photo 8 > Vitrail tableau Image

Parallèlement, d’autres verriers s’ingénient à utiliser le verre teinté dans la masse à la manière du 13ème siècle pour des vitraux que l’on qualifiera de «vitraux archéologiques» (vitraux qui reprennent les motifs décoratifs du XIIème au XVIème siècle)
Cependant, si les techniques ancestrales d’application et de composition de la peinture sur verre ont été retrouvées, il n’en est pas de même pour les techniques de cuisson et de mise en plomb.
Une grande campagne de restauration est lancée en France sous la houlette d’Eugène Viollet-le-Duc, inspecteur général du tout nouveau service des monuments historiques, qui prendra une grande part dans la réhabilitation du vitrail . Au XIXème siècle de nouveaux type de verres apparaissent , tels les «verres opalescents» (des verres à l’aspect laiteux provenant de particules en suspension qui réfléchissent et dispersent la lumière) et les verres imprimés d’un relief qui permettent la création de style « Art Nouveau » et par la suite « Art Déco » . En 1879 , John La Farge créé le premier vitrail utilisant des verres opalescents . Il dépose alors un brevet et déclare qu’il fera des placages de verres opalescents sur des panneaux de verres colorés . Huit mois plus tard, Louis Comfort Tiffany dépose à son tour un brevet , expliquant comment il compte réaliser ce placage (avec une couche d’air entre) . Le brevet est accepté et il en résulte une compétition féroce entre les deux créateurs et qui durera toute leur vie . Dans les vitraux de Tiffany , les verres sont sertis d’une lame de cuivre rabattue de quelque millimètres sur chaque face . On rassemble ensuite toutes les pièces du vitrail et on étame les lames de cuivre pour lier ensemble tous les verres
Photo 9 > Baie Tiffany Image

L’art nouveau et ses inspirations poétiques et végétales, suivi vers 1920 de l’art déco aux formes plus stylisées donneront naissance à une multitude de verrières alliant les techniques de gravure, de peinture, de montage, voire d’inclusion.
La première guerre mondiale privera malheureusement le pays d’une partie de son patrimoine verrier. En ce qui concerne la seconde guerre mondiale , beaucoup de vitraux seront déposés et retrouveront leur places parfois très longtemps après la fin des conflits . Au cours de ce 20ème siècle, de grands peintres s’exprimeront à travers le vitrail en s’associant aux maîtres verriers et livreront leurs visions des saintes écritures . Marc Chagall, George Braque, Henri Matisse ou encore Alfred Manessier, pour ne citer qu’eux, souligneront ainsi la capacité de cet art ancestral à s’adapter à ces contemporains .
Photo 10 > Vitrail dessiné par Braque Image


Crédits photos :
Photo 1 - Info Vitrail : http://www.infovitrail.com/verre/coulag ... e-plat.php
Photo 2 - Info Vitrail : http://www.infovitrail.com/decoration/p ... orique.php
Photo 3 - Info Vitrail : http://www.infovitrail.com/decoration/p ... orique.php
Photo 4 - Info Vitrail : http://www.infovitrail.com/decoration/p ... orique.php
Photo 5 - Petite histoire de Saint-Just-Saint-Rambert :
Détail du vitrail du cinéma Le Family, présenté à l'exposition internationale de Paris en 1937 : http://www.forez-info.com/encyclopedie/ ... t_217.html
Photo 6 – AMSE : http://www.amse.asso.fr/glossaire/glossaire-A.htm
Photo 7 - The Marian Library/International Marian Research Institute, Dayton : http://campus.udayton.edu/mary/resource ... rtres.html
Photo 8 –
Photo 9 – L’art et les artistes : http://pagesperso-orange.fr/lesartistes ... ffany.html
Photo 10 – Vitrail dû à Braque dans la petite église de Varengeville-sur-Mer (Photo Eric): http://picasaweb.google.com/eric.tarazo ... 0989831586
Dernière édition par docteurno le 01 Fév 2015, 12:55, édité 12 fois.
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Re: Histoire non exhaustive du Vitrail

Message non lude docteurno » 01 Déc 2008, 08:48

Posté le 22/01/2008 09:49:29 par Beaujarret

Le vitrail

Le vitrail est une composition de verres, colorés dans la masse et peints, enchâssés dans un réseau de plomb, le tout maintenu vertical par une armature métallique qui a pour rôle de clore un édifice et d'en permettre l'éclairage.

Cette définition fait abstraction des dimensions iconographiques et symboliques du vitrail, or cet art est presque exclusivement religieux. Ces deux composantes font du vitrail une œuvre fascinante, souvent riche d'enseignements, qui dans son ensemble, crée, en harmonie avec l'édifice dans sa totalité (architecture, volumes, sculptures, peintures), un espace de lumière recomposée, propre à chaque édifice, pour atteindre l'apogée du symbolisme : "DIEU EST LUMIÈRE".

La domestication de la lumière par le vitrail fut et est une préoccupation permanente des bâtisseurs. L'expression qui en est faite au niveau du vitrail au cours des siècles, traduit l'évolution des techniques dans la maitrise du verre et des constructions, l'évolution des mentalités, des idéologies.

Cependant, le jeu de la lumière avec le vitrail n'est pas immuable. Bon nombre des vitraux anciens sont corrodés et ont perdu la translucidité, essentielle à leur rôle, leur pouvoir, par suite de l'exposition prolongée aux agents agressifs comme l'eau et divers oxydes qui attaquent le verre, la peinture ainsi que les supports : plomb et fers de soutien.
Abordons maintenant quelques aspects de cet art de la lumière.

1. Technique du vitrail
Le Schedula Diversarum Artium, écrit au début du XIIe siècle par le moine allemand Théophile, consacre son deuxième livre à l'art du vitrail, il reste un document précieux pour l'étude des techniques relatives aux vitraux car les principes fondamentaux ont peu évolué depuis

1.1 Fabrication du verre
Le verre est le produit obtenu par fusion à environ 1500°C d'un mélange au 1/3 de silice (sable) et aux 2/3 de sels de sodium ou de potassium (cendres végétales) qui agissent comme fondants.

La coloration du verre dans la masse est obtenue par adjonction à ce mélange de faibles quantités d'oxydes métalliques : (cobalt : bleu-violet ; cuivre et cobalt : bleu-vert ; cuivre : rouge ; cuivre et fer : vert ; manganèse : violet ; fer : jaune...). L'intensité, la nuance de la coloration finale est fonction des conditions de l'opération : température et durée de cuisson, atmosphère oxydante ou réductrice du milieu.

Le travail du verre peut se faire suivant deux méthodes :
Première méthode : en cylindre ou en manchon Image
Le verrier cueille dans le four au moyen d'une canne creuse une boule de pâte de verre ou paraison. Celle-ci est soufflée puis modelée en forme de bouteille sur un bloc de marbre concave jusqu'à l'obtention d'un manchon. Aux dimensions requises, il est détaché de la canne, coupé dans sa hauteur et étendu. On obtient une feuille de verre de 0,5 m de surface et de 2 à 3 mm d'épaisseur.

Deuxième méthode : technique du plateau ou cives Image
La paraison est soufflée en forme de sphère, puis elle est reprise par une tige de fer plus large, le pontil. Par un mouvement de rotation rapide du pontil la sphère s'ouvre en corole et s'aplatit en disque. Cette pratique a été rapidement abandonnée car peu rentable, de plus elle donne des verres irréguliers dans leur épaisseur et coloration.

1.2 Genèse du vitrail
Le verre n'étant ni extensible ni compressible, le verrier se doit de connaitre exactement les dimensions et particularités du site d'implantation du vitrail, des systèmes de fixation etc. À partir de ces données, il réalise une maquette au 1/10e du vitrail, puis en dessine le carton : grandeur réelle, sur laquelle figurent les réseaux de plomb, les bordures, le dessin. Ce modèle servait de tracé pour la découpe des verres, plus tard il fut repris par calque et préparé en calibres numérotés et codés en fonction de la position et de la couleur des éléments. La découpe du verre est effectuée jusqu'au XIVe siècle à la pointe de fer rouge, ensuite au diamant, les contours sont affinés au grugeoir.

La peinture du verre consiste à appliquer par transparence sur les verres provisoirement mis en plomb, une peinture monochrome (marron-noire) : la grisaille. Il s'agit d'oxydes de fer et de cuivre mélangés à des fondants : débris de verre pulvérisés ou fritte, et à un liant : mélange de gomme arabique et de vinaigre. Cette peinture présente trois valeurs :
- le trait : épais et continu, il souligne les drapés, les traits du visage.
- le lavis : dilué et étalé largement au pinceau pour obtenir les ombres et modelés, en sont dispensées les régions où la lumière doit être éclatante.
- la demi-teinte : elle permet des ombres plus soutenues, autour des yeux et du nez par exemple.

Enfin, la technique de "l'enlevé", consiste à gratter la grisaille avec une pointe dure, et permet de faire apparaitre le dessin des cheveux et de la barbe. Les verres peints sont cuits à nouveau (600°- 650° C) de sorte que la peinture pénètre dans le verre ramolli et s'y fixe de façon indélébile.

À la fin du XIIIe, à la grisaille s'ajoute une autre couleur : le jaune d'argent. Il s'agit d'une teinture déposée au pinceau et incorporée au verre par recuisson. Elle donne des couleurs jaunes plus ou moins nuancées suivant la couleur du verre sur lequel elle est appliquée.

De même à la fin du XVe, la sanguine (oxyde de fer et fondants) fut utilisée pour les demi-tons, les couleurs claires. Dès le XVIe, l'emploi des émaux vitrifiables enrichit la palette du peintre-verrier, ce qui lui permet d'obtenir des couleurs différentes sur un même verre sans nécessiter de plombages.

D'autres pratiques comme la gravure des verres doublés (deux ou plusieurs couches de verre successives de couleurs différentes) ont permis l'extension des effets de couleurs. La mise en plomb consiste en l'assemblage définitif des morceaux de verre par l'intermédiaire de baguettes de plomb en forme de H couché.

Le verre est encastré dans les "ailes" de la baguette. Ce travail est réalisé par panneaux en suivant le tracé du carton. Les baguettes sont soudées et toute la résille de plomb est mastiquée pour assurer l'étanchéité de la composition. La dimension des verrières, le poids des vitraux imposent une division verticale et horizontale de la surface délimitant les panneaux.
- un partage orthogonal, permet des compositions d'ensemble occupant toute la surface (elles sont souvent placées dans les fenêtres hautes où elles restent lisibles depuis le bas), ou encore une succession de panneaux indépendants, relatant chacun un épisode d'une histoire.
- le partage peut se faire par des armatures forgées qui délimitent des médaillons, losanges, quadrilobes etc.

2. Éléments d'iconographie et symbolisme
L'iconographie du vitrail au Moyen-Age, comme la sculpture, puise ses sources dans la pensée médiévale, toute tournée vers la recherche de Dieu. Plutôt que d'imposer nos catégories aux idées du Moyen-Age, empruntons notre plan d'étude à la plus vaste encyclopédie du XIIIe siècle : le Speculum Majus de Vincent de Beauvais.

Le plan répartit l'ensemble des connaissances humaines en quatre "miroirs" :

Le miroir de la NATURE : il décrit la création : les éléments, les végétaux, les animaux et l'homme, d'où les représentations.
Le miroir de la SCIENCE : il commence par le récit de la chute d'Adam et Eve. L'homme déchu ne peut attendre son salut que d'un rédempteur, mais il peut de lui-même chercher à se relever par son travail. Ceci s'exprime par la représentation des travaux des mois, associés aux signes du Zodiaque, des fêtes qui marquent les seuls jours de repos, d'où également la représentation des sciences découvertes : les sept arts libéraux, ensemble des connaissances que l'homme peut acquérir en dehors de la Bible soit : grammaire, rhétorique, dialectique qui constituent le trivium ; l'astronomie, géométrie, arithmétique et musique forment le quadrivium, la philosophie trône au-dessus de ces sciences (ex : Laon).
Le miroir MORAL : il propose les moyens d'arriver à la rédemption, représenté par l'opposition des vices et des vertus, par la foi renversant l'idolâtrie...
Le miroir HIST0RIQUE : il a pour objet de montrer le côté pénible du chemin de la rédemption et s'inspire des livres sacrés à l'exception de la création.
- l'Ancien Testament présenté comme une vaste figure du Nouveau. Ex. : l'arbre de Jessé.
- les Évangiles, mais presque toujours les mêmes scènes : enfance et passion du Christ ; peu de choses sur la vie publique et en particulier les miracles.
- l'histoire des Saints et des Apôtres, la Vierge. Un ouvrage complémentaire, source d'inspiration est à citer : la Légende Dorée de Jacques de Voragine.
- l'antiquité et l'histoire profane.
- l'Apocalypse et le Jugement Dernier.
Si les thèmes évoqués plus haut ont inspiré la sculpture, le graphisme du vitrail est influencé par l'enluminure, l'orfèvrerie. Néanmoins, la particularité du vitrail réside dans la juxtaposition de couleurs traversées par la lumière.
À ce programme iconographique est associé une symbolique des couleurs, par exemple :

le bleu est le reflet du royaume céleste et incarne l'innocence, la chasteté, la sérénité.
le rouge signe l'alliance par le sang et symbolise l'amour de Dieu, la souffrance des martyrs. Il est largement utilisé dans les crucifixions.
le vert marque la fraîcheur d'âme, l'humilité.

3. Évolution du vitrail : quelques points de repère
Avant le XIIe : il reste peu de vestiges ; on peut citer le vitrail de Wissembourg. La technique est déjà bien avancée.

Au XIIe : Art roman : fenêtres à petits médaillons et bordure développée ; le travail est précieux, ciselé, inspiré de l'orfèvrerie, le dessin est énergique à l'image des sculptures, les couleurs sont relativement claires (fonds bleus). L'iconographie est surtout historique. Parallèlement, on trouve des verrières dépouillées de toutes ornementations appelées également grisailles (règle de Saint Bernard).

Au XIIIe : La naissance de l'art gothique qui augmente le nombre de fenêtres et les agrandit, accroît la demande. Il en résulte un style moins raffiné, où la bordure s'amenuise puis disparaît. Les scènes sont représentées en grande échelle, les formes se diversifient en particulier les grandes roses. L'iconographie est plus variée et puise ses sources de l'histoire, de la nature et des sciences.

Au XIVe : Marqué par la guerre de cent ans, ce siècle fournit moins de vitraux, mais il introduit le jaune d'argent. L'iconographie, triste, exprime la douleur et la détresse souvent représentée par le calvaire, la Vierge d'intercession.

Au XVe : La Renaissance s'annonce par le raffinement et la délicatesse. La perspective apparaît dans un décor architectural. La sanguine commence à être utilisée. L'iconographie fait apparaître les donateurs par corps de métier ou famille.

Au XVIe : Un renouveau important dû à la demande a commencé à la fin du XVe en revenant aux couleurs vives avec la technique des verres plaqués et gravés, de l'émaillage, dans le désir d'imiter la peinture. Par cette technique certains considèrent que le vitrail est mort. Des paysages et animations se dessinent en fond d'immenses scènes pour une seule fenêtre, souvent entourés de phylactères. On identifie des écoles régionales. Les auteurs ne sont plus anonymes (ex. les Le Prince). Cet élan est interrompu par les guerres de religion.

Au XVIIe : Une recherche nouvelle de la lumière laisse voir quelques panneaux décorés au milieu de grisaille. La nécessité pédagogique s'estompe, par ailleurs la Contre-Réforme est hostile aux formes historiées, sources de superstition, suspectées de paganisme. On assiste dès lors à une destruction importante de verrières anciennes.
Au XVIIIe : Peu de vitraux sont réalisés, par contre beaucoup sont détruits pour remettre les églises au goût du jour ou pour enlever toute trace de religion pendant la révolution française.
Au XIXe : À cette époque, l'intérêt pour le Moyen-Âge incite à de nombreuses restaurations des verrières anciennes ou simplement à la production de pastiches.
Au XXe : Ce siècle connait un renouveau du vitrail qui reprend les techniques de verres teintés dans la masse, à la recherche d'une harmonie des couleurs jusqu'à l'art abstrait. Une nouvelle technique prend forme : la dalle de verre. Contribution importante des peintres à ce travail ; quatre noms parmi d'autres : Chigot, Bazaine, Ingrand, Chagall.

Geneviève Leurquin-Thomas

Loin d'avoir abordé toutes les particularités de l'art du vitrail, pour complément d'informations, voici quelques références d'ouvrages consultés et à consulter :

GRODECKI L. : Le Vitrail Roman (1977), Office du livre, Ed. Vilo, Paris.
ROLLET J. : Les Maîtres de la Lumière (1980), Ed. Bordas, Paris.
GANDIOL COPPIN B. : Le Vitrail Roman (1984), Archeologia n°187.
La Revue des Monuments Historiques de la France, Les Vitraux (1977).
BETTEMBOURG J.M. : La dégradation des vitraux, revue du Palais de la Découverte 6 n° 53 (1977).
MALE E. : L'Art Religieux du XIIIe en France, Ed. Colin.
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Re: Histoire non exhaustive du Vitrail

Message non lude passion vitrail » 01 Déc 2008, 12:57

Posté le 23/01/2008 14:59:26

Bonjour Beaujarret et merci pour ce document très intéressant. Bien que condensé, il dresse un panorama technique et historique important.

Je ne peux toutefois m'empêcher de faire une ou deux remarques :

Citation :
"Le Schedula Diversarum Artium, écrit au début du XIIe siècle par le moine allemand Théophile, consacre son deuxième livre à l'art du vitrail, il reste un document précieux pour l'étude des techniques relatives aux vitraux car les principes fondamentaux ont peu évolué depuis"

Le Schedula Diversarum Artium du moine Théophile ne doit pas être pris au "pied de la lettre". Théophile est un érudit au même titre que Pline l'ancien en son temps mais pas un maitre verrier. De nombreuses inexactitudes ponctuent son œuvre, ce qui est bien normal lorsque l'on sait avec quel secret les verriers du Moyen-Age accomplissaient leur tache.

Citation :
"La peinture du verre consiste à appliquer par transparence sur les verres provisoirement mis en plomb, une peinture monochrome (marron-noire) : la grisaille"


La mise en plomb provisoire (en cire par exemple) n'est pas en usage au Moyen-Age. Les verres sont peints un par un à main levée sans considération d'ensemble. C'est d'ailleurs ce qui rend la nervosité du dessin typique de cette période.

Encore merci pour la reprise de cet exposé. : (L'original est paru dans la revue CASAinfo n°2 d'Octobre 1985)
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